Srinivasa Ramanujan


Portrait de Srinivasa Ramanujan

Un matin de 1913, un célèbre mathématicien anglais, Godfrey H. Hardy, découvre dans son courrier une mystérieuse lettre en provenance d’Inde. Écrite dans un anglais approximatif elle est constituée de théorèmes et formules qui pour la plupart sont d’allure démente ou fantastique. L’éminent professeur anglais se désintéresse tout d’abord de la lettre puis dans un élan de curiosité l’examine avec son collègue John E. Littlewood.

Les deux hommes se rendent alors à l’évidence : l’auteur de ce manuscrit est un mathématicien de génie.

Srinivasa Ramanujan naît le 22 décembre 1887 dans la ville d’Erode en Inde. Son enfance se passe sans encombres à Kumbakonam où il se fait déjà remarquer pour son excellente scolarité.

En 1903 Ramanujan entre en possession d’un livre qui sera décisif pour sa vie. Cet ouvrage n’est qu’un condensé de résultats mathématiques dans un grand nombre de branches sans aucune démonstration. Les mathématiques deviennent alors son unique intérêt.

Il y consacre trop de temps et néglige les autres matières, ce qui lui vaut la suppression de sa bourse d’étude.

En 1906, il retourne au lycée pour un examen d’entrée à l’université. Il assiste quelques mois aux cours puis tombe malade. Au cours de l’examen, il réussit seulement en maths et échoue partout ailleurs, ce qui lui interdit l’entrée à l’université.

Dans les années qui suivent, il continue alors de développer seul ses idées, sans aucune aide extérieure et sans connaissance des thèmes de recherche possibles.

Voici comment le décrit un professeur indien :

« Une silhouette grossière, corpulente, le visage mal rasé, pas très propre, avec un regard brillant très frappant, s’avança avec un cahier usé jusqu’à la corde sous le bras. Il était extrêmement pauvre. Il ouvrit son cahier et commença d’expliquer quelques unes de ses découvertes. Je vis presque immédiatement qu’il y avait quelque chose d’extraordinaire mais mes connaissances ne me permirent pas de juger s’il avait raison ou pas. Je lui demandai ce qu’il désirait. Il dit qu’il voulait un petit revenu pour vivre afin de pouvoir poursuivre ses recherches. »

C’est sur les conseil d’amis mathématiciens que Ramanujan rédige en janvier 1913 cette fameuse lettre à l’attention de Hardy.

Hardy et Littlewood ne tardent pas à contacter Ramanujan et lui demande de les rejoindre en Angleterre. Il n’a pas été facile de le convaincre.

Ramanujan était issu d’une famille brahmane de caste élevée, dans laquelle la pratique religieuse occupait une place primordiale. Ramanujan était un pratiquant assidu. Sa mère, qui était plus stricte encore, refusait catégoriquement à ce que son fils enfreigne l’interdit de voyager en mer.

Ramanujan rejoint cependant l’Angleterre en 1914 afin d’y débuter son exceptionnelle collaboration avec Hardy.

Hardy était profondément admiratif du génie naturel de Ramanujan. Il éprouvait cependant un sentiment de regret. Hardy considérait que c’est entre 18 et 25 ans qu’un mathématicien est le plus prolifique. Chez Ramanujan, il s’agit de la période durant laquelle il a été rejeté de l’université et n’a pu suivre de formation correcte.

Littlewood et Hardy ont donc pris en charge le jeune homme dès son arrivée à Cambridge, afin de le former dans les branches qui lui faisaient défaut.

La tâche n’a pas toujours été facile, notamment pour Littlewood qui a dû affronter l’avalanche de questions originales de Ramanujan à chaque fois qu’il apprenait un nouveau concept.

De plus, les méthodes de travail de Ramanujan n’étaient pas très habituelles. Ceci se traduit par une négligence quasi totale de démonstration, ce qui est illustré par cette citation de Littlewood :

« Il ne possédait peut-être pas du tout l’idée de ce qui est signifié par une démonstration, notion si familière aujourd’hui qu’elle est considérée comme acquise; si un bout signifiant de raisonnement lui venait quelque part à l’esprit, et que, globalement, le mélange entre intuition et évidence lui donnait quelque certitude, il n’allait pas plus loin. »

Durant son premier hiver anglais, Ramanujan tombe malade ; il supporte mal le climat.

En 1918, Ramanujan est élu membre de la Cambridge Philosophical Society. Trois jours plus tard, probablement le plus grand honneur de toute sa carrière, son nom apparaît sur la liste des élections des membres de la Royal Society of London.

Il meurt l’année suivante, le 22 Avril 1920, à l’âge de 32 ans, probablement à cause de graves carences alimentaires.

Ramanujan a laissé un grand nombre de cahiers non-publiés, remplis de théorèmes que les mathématiciens continuent d’étudier. Aujourd’hui, ses travaux ont des applications dans les codes de calculs des décimales de pi, ainsi qu’en physique théorique.

Le legs de Ramanujan aux mathématiques est un des plus importants mais des plus difficiles. Il est d’autant plus admirable si l’on repense au contexte dans lequel Ramanujan a grandi ; l’Inde du début du siècle dernier et ses problèmes de santé qui ne l’ont pas empêché de s’investir totalement dans la recherche mathématique.

Lire également d’autres nouvelles des mathématiciens sur cette page.

Publié dans Mathématiciens. Étiquettes : . 3 Comments »

3 Réponses to “Srinivasa Ramanujan”

  1. Cochonfucius Says:

    Il a répondu ça à un collègue anglais qui avait mémorisé le numéro d’immatriculation d’un taxi qu’il venait de prendre, ne lui trouvant « rien de spécial ».

  2. Alfred Says:

    Ramanujan… Mon matheux préféré, juste devant Riemann ^^
    Sur-pui-ssant ce gars ! Il s' »amusait » aussi à trouver des propriétés space sur les entiers, comme 1729 qui est le premier nombre qui s’écrit de deux façons différentes comme la somme de deux cubes (1^3 + 12^3 = 10^3 + 11^3 = 1729)


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